Je réalise pour le magazine Amusement (http://www.amusement.fr/) une série d’interview de professionnels référents sur la thématique de l’expérience utilisateur lié à l’iPad et à son influence sur notre quotidien. Voici l’intégralité des textes :
directeur artistique
Que pensez-vous de l’iPad ?
J’ai toujours était un grand fan d’apple pour la simplicité des interface et la grande stabilité des systèmes. Egalement pour le design des differentes plateformes. Depuis longtemps, Apple a fait de ses ordinateurs des objets que l’on a plaisir à regarder et à utiliser.
Qu’est-ce qu’une tablette ?
Je me suis posé cette question en découvrant l’Ipad la première fois. Depuis longtemps, je révais d’un support digital transportable simple d’utilisation me permettant à tout moment de noter, gribouiller tout ce qui me passait par la tête mais aussi de récolter et consulter de l’information on et off-line et de pouvoir la transmettre et la partager de manière très simple et spontanée. Un carnet de notes digitales dont l’interface et les outils multiples seraient adaptés à l’utilisation du moment. Un espace digital de liberté flexible et personnalisable à ma guise, ouvert et peu brandé dans sa forme et dans son interface. L’Ipad d’Apple correspond seulement dans sa forme matériel à l’idée de que j’avais d’une tablette mais pas dans son utilisation.
Ce que ça va changer :
Il n’y a rien de nouveau dans l’ipad. Plus interessant qu’un Iphone ? Je dirais qu’il l’est moins. Pas de système de communication, pas de caméra ni d’appareil photo. Même interface, même OS. Pas de logiciels permettant vraiment de créer et combiner les médias. Pas la capacité de gérer plusieurs choses à la fois. Un écrans plus grand sur lequel on laisse des traces de doigt. Autant, on l’accepte sur un téléphone, autant sur un écrans destiné à lire des digitalbooks ou visioner des vidéos, non. L’Ipad aurait vraiment était l’occasion de créer un véritable outil pensé pour la mobilité. Un outil digital sophistiqué portatif adapté à la spontanéité de la pensée et utilisable avec une main tandis que l’autre tiens l’objet. N’aurait-il pas été interessant d’avoir un crayon pour écrire ou dessiner ? Un outil permettant la transmission instantanée de l’information qu’elle soit visuelle ou sonore. Quoi de plus naturel de nos jour d’envoyer directement une idée via mail ou sms ou mms ? Pourquoi ne pas avoir au moins introduit un système téléphonique autonome? Créer un outil mobile c’est aussi tenir compte des habitudes sociales digitales. N’aurait-il pas été interessant de permettre le partage d’écrans entre possesseur d’Ipad pour pouvoir par exemple lors d’une réunion voir en directe ce que l’autre dessine, écris ou visionne sur son écran ? La géolocalisation suffit-elle vraiment ? Un tel outil est-il seulement destiné à visionner de l’information ? De plus n’est-il pas normal de transmettre le livre que l’on a aimé lire à ses amis ? Ne pouvez-t-on pas inventer un système de licence associé au livre numérique permettant de le transmettre sans devoir le racheter ? Apple mise sur l’utilisation du net mais ne permet toujours pas d’avoir un lecteur Flash sur sa machine. A force de tout fermer, Apple se ferme des portes. Au delà des aspects techniques (autonomie de seulement 10h, pas de système live d’importation de l’information) En le comparant à d’autre supports, je me rend compte qu’il s’agit plus d’un notebook très limité et chers par rapport à ses possibilités au contraire de la future tablette de Microsoft: la “Courier tablet” très moderne dans son interface, dans son design digital et objet mais aussi très complète dans ses possibilités. Un véritable carnet de note qui correspond à une utilisation mobile et spontanée quelle soit dans le cadre du travail ou des loisirs.
designer user experience
Que pensez-vous de l’iPad ?
l’iPad annonce la pénétration de l’internet mobile personalisé, léger, dans une gestuelle du quotidien. l’iPad ne se place plus comme une évolution du l’ordinateur, outil de travail, construit sur la logique de productivité. Il ouvre l’accès à une vie connectée à tout ceux qui n’ont jamais su apprivoiser une souris, ou même oser en toucher une… et qui voyaient dans le clavier la mémoire de l’outil. l’iPad, tout comme la WII ne s’adresse pas à des ‘experts’. Il est dans la lignée ‘casual’, où le multitasking se simplifie/redéfini dans le contexte de ‘ma vie avec mon iPad’. Il marque le début d’une intégration plus harmonieuse des objets connectés/intelligents dans notre quotidien. Ainsi i’Pad est aux netbooks ce que Machintosh a été à l’informatique, ou l’iPhone aux smartphones. Il défini une nouvelle classe d’objets. Mais ce que l’iPad n’a pas encore intégré, c’est la nécessité de la contextualisation de l’usage, conséquence de la mobilité. La mobilité induit l’usage du contexte comme un input pour réduire la complexité et augmenter la pertinence. Par exemple, il est plus pertinent de consulter chez moi les pages jaunes de mon iPhone, parceque les réponses prennent en compte ma géolocatlisation. Et qui dit compréhension des contexes dit tracabilité de mes activités, et donc construction tacite d’une identité. Nulle doute que la question de propriété éventuellement multiple de l’iPad va être abordée dans les versions suivantes, avec la multi-session d’ailleurs.
Ce que ça va changer :
Apple a annoncé très tôt une transformation du concept de l’internet amalgamé abusivement au web et à son accès par navigateur en introduisant le concept de widget très tôt dans OSX. Et si le widget est passé relativement inaperçu sur le mac, il annonçait pourtant une fragmentation qui allait ouvrir la voie de l’internet personalisé. Et du widget OSX est né l’appstore. La personalisation d’internet et son accès dans la mobilité va profondément changer la nature de l’expérience. On parle ici d’une intégration de l’internet dans le tissu du quotidien. Or Apple présente un accès encore centralisé, qui s’apparente plus à un portail. L’internet des objets, ou phydgets (physical widgets) est pour moi l’étape suivante. Que ce soit pour la productivité ou les loisirs, Il y a pour moi 4 dimensions expérientielles qui sont: cognitive, pratique, sentorielle, émotionnelle. Une bonne expérience doit être avant tout équilibrée dans sa sa réponse à un besoin latent, au contexte de son usage. Ces 4 dimensions existent toujours, que ce soit pour une application de productivité, ou bien de loisirs. Or, je contemple trop souvent encore la persistence de la fragmentation de l’expérience dans la conception, par une division séquencielle des compétences dans le processus d’innovation. En France, par exemple, on tend à attribuer le cognitif et le pratique à l’ergonome, puis le sensoriel et émotionel au designer. Les solutions de productivité sont inutilement ennuyeuses. Et la WII dans sa capacité à ré-intégrer la dimension "casual" et sociale, ou le serious gaming est un bon exemple de regard plus transverse. Jamais une solution aussi élégante que le moteur physique de l’iphone qui, par le ‘rebond’, annonce la fin de liste, ne saurait apparaitre d’une telle fragmentation du travail…
Le design thinking dans sa dimension holistique est la clef de voute. Au laboratoire IDN que je co-dirige, je m’efforce d’initier nos designers-chercheurs aux disciplines connexes qui feront d’eux des animateurs/facilitateurs pertinents de l’innovation, et non pas de simples éxécutants. A Orange Vallée, dont je suis directeur du design, dans un mode projet, nous avançons doucement dans cette voie, mais la culture d’entreprise technico-marketing reste un frein. En France, force est de constater que les regards transverses sont challengés par un frein culturel. La culture de l’expert qui appelle une contribution séquencée est dans nos gênes. Nous entrons dans une nouvelle Renaissance dont les transformations engendrées par l’internet et les télécoms ces dernières années n’ont été que les prémices. J’ai abordé la question de la multi-propriété de ces devices mobiles qui ne sont pas des ‘téléphones’ personnels/exclusifs. ON, le projet que je développe dans Orange Vallée va plus loin encore et pose la question de la gestion des facettes identitaires comme conséquentes à ma connexion permanente: ‘Je ne dis pas la même chose à tout le monde’. Alcatel Lucent investi la question des identités temporaires: ‘je suis contactable à ce numéro, pour une annonce par exemple, que pour une durée et dans une plage horaire que je contrôle’
new media strategist for journalism
What do you think about the iPad ?
Why is everybody talking about a gadget that basically does the same things as your computer, some of them maybe with a little twist ? That is the most interesting thing about the iPad. The fact that the whole world was getting crazy about it, even before it was shipped. Is it magic, as Steve Jobs suggested? No. Here is the thing: The iPad reflects a change that happened in the last decade: First we digitalised information, now we digitalise situations.
What that will change :
Therefore the iPad doesn’t change a thing, it just reflects precisely what already has changed. Who wants to sit at a desk to watch some YouTube videos or read the papers? The iPad is about a situation. It hangs out with you. This is obviously the change that Apple perfectly understood: It is not anymore just communication that is affected by digitalisation, but situations. And we don’t want to go to our desk to initiate them. Digitalisation disseminated from the PC to the laptop to become even more mobile – a companion in whatever we do. Now, there is a pad for it.
adaptive path president
What do you think about the iPad ?
The iPad is a very exciting development. In many ways, the iPad is well positioned to deliver on the promises we’ve heard for 30 years about computers: that they would be tools for everyone, not just experts, and that they would integrate into people’s lives. As a designer, I’m excited by the new opportunities for design. Interfaces on the iPad will need to be fundamentally different from what we’ve seen before on traditional computers or on other touchscreen devices such as tablet PCs or even the iPhone. We’re entering a fertile period for experimentation and innovation in user experience for this device.
What that will change :
I think that as iPads starting flowing out into the world, and we start to see how people are using them, the way we think about mobile computing will change. We’ll discover that there are a set of activities we’ve historically done with laptops for which a simplified touchscreen experience is a better fit. And we’ll discover that there are a set of activities we’ve historically done with mobile phones for which an expanded screen is a better fit. The trouble is that no one knows what those activities are yet.
I think it will take some time for web developers to learn how to create sites and applications for the iPad. The dominance of the keyboard and mouse as a hardware interface has created countless unconscious assumptions on the part of designers. A large touchscreen device used in a mobile context provides a very different mode of interaction than a desktop or laptop computer.
Productivity applications are the area where I am most skeptical about the prospects for the iPad. I’m not sure a touchscreen device can provide the speed and precision many productivity applications would require. I’m interested to see how much functionality Apple has included in the iWork applications. It would not surprise me to see that some functions have been left out because Apple couldn’t find a way to deliver them successfully in a touchscreen interface.
I expect to see new and different kinds of entertainment software on the iPad than we have seen in the past on computers and mobile phones. Obviously, there’s great potential in the iPad as a reading device. For books that have rich and detailed illustrations, the ability to zoom and pan will enable different kinds of experiences for users. But there’s also great opportunity for other kinds of interactive entertainment. Not just games, but educational software as well.
One of the most interesting aspects of the iPad is that it is not necessarily a single-user device. Mobile phones have always been designed for a single user, and although computers support multiple users, few applications are intended to be used by more than one person at the same time. The iPad has the potential to introduce new kinds of multi-user applications, where more than one person is interacting with the screen at the same time, because the constraint of a single keyboard and mouse doesn’t exist.
I don’t think the iPad will be as transformative as mobile phones have been. It may well change the way we relate to media, but I don’t think it will fundamentally change the way we relate to each other and the world.
sociologue
Que pensez-vous de l’iPad ?
L’IPad permet probablement d’investir un nouvel espace de la vie quotidienne, un espace peut-être nouveau dans la distribution des lieux d’expérience de l’informatique. Historiquement, nous connaissions l’ordinateur fixe, disposé d’abord dans un bureau qui constituait un double de l’espace de travail, au domicile, ou dans l’espace professionnel. L’ordinateur portable, a été beaucoup utilisé par sa capacité à être la même machine au bureau, et chez soi, mais sans modifier fondamentalement cette partition des espaces perso/pro. L’internet mobile a occupé cet entre deux, notamment dans les transports, les non-lieux et les pas perdus.
Alors l’Ipad est peut-être un objet qui, par son aspect et son appropriation sort de ce présupposé et se rapproche de ce qu’a été la télévision, appareil collectif et individuel en même temps, se déployant dans un lieu on soumis aux réflexes professionnels, avec des interfaces elles-mêmes non dédiées à la saisie. L’iPad est peut-être le signe de la disparition de l’ordinateur tel qu’on l’a connu, avec l’imaginaire de la production et de tout l’imaginaire professionnel qui l’accompagne.
Ce que ça va changer :
Peut-être peut-on assister progressivement à la disparition de l’Internet par la généralisation de l’internet. Jusqu’ici, l’internet se distingue par le fait de ne pas être partout. Les hôtels signalent encore parfois que le wifi est disponible dans les chambres, et on retrouve ce côté désuet des petits plaques "eau et gaz à tous les étages" qui étaient une marque de qualité d’équipement il y a encore un siècle. L’IPad ouvre un nouvel accès au Net, par d’autres interfaces, dégagé sur prétexte de la messagerie ou du traitement de texte. On peut penser que cet nouvelle fenêtre va élargir encore l’expérience de connectivité, par le biais d’autres usages, et sur un espace temps qui était peut-être encore en creux dans la "frontière" électronique.
L’éclatement du temps et des espaces consacrés exclusivement à une activité, et donc à une même identité de l’utilisateur semble révolue. Ce qu’on a connu – avec des errements certains – avec les Blackberry et iPhone pourrait probablement se produire avec l’IPad. Les contenus et services peuvent ici prendre une place croissantes investissant un espace majeur de la vie quotidienne des personnes. On retrouve un peu la situation du romanesque du XIXeme siècle, où la fiction s’est mêlée de manière tenue avec tous les autres moments de la vie. De telle manière qu’il est inutile de vouloir distinguer désormais une relation soiale immédiate d’une relation médiatée.
La communauté s’en trouve donc densifiée, si l’on accepte de considérer ce type de collectif à partir de caractères plus payens, comme la coprésence, les rites d’échanges primaires, ou les célébrations éphémères et passionnelles. L’IPad peut augmenter le sentiment de contigüité, cet espérance de l’être ensemble qui n’oblige pas à répondre d’une justification ou d’une rationalisation. Cet communauté a probablement quelque chose de fondamentalement ludique, et orienté par la perte et le plaisir.
L’objet qui a créé une révolution a déjà existé. D’après Juremir Machado da Silva, sociologue brésilien, le livre de poche est l’objet le plus important – et va le rester encore – de notre monde occidental. Car il fait le lien entre la société traditionnelle du livre et celle de la circulation des idées et des conversations horizontales par un média fluide et mobile – et dont le livre ‘est que le prétexte. Le net n’est probablement qu’une continuation du poche par d’autres moyens.
designer user experience
What do you think about the iPad ?
I think it’s a logical extension to the Apple suite of devices. They’re a fast-follower company and the Kindle and netbooks showed that there was a market for a "fourth screen" in people’s lives (or fifth screen, depending in how you count it; typically people say #1 is the TV, #2 is the laptop, #3 is the phone, but some say #1 is the movie screen). As a hardware company, they also knew at what price point they could manufacture it, so they knew that there was SOME market in the fourth screen, even if it wasn’t the size of the phone or laptop market. They already had entries into the other three screens, so retrospectively it makes sense from a well-rounded positioning standpoint. It would also make sense for them to make their own TV, which they may yet do, so many things look good retrospectively that don’t yet. Plus, as a they’re good at making platforms and then watching how people use them, then modifying the platforms to suit people’s use of them, and this gives them another platform to work with.
What that will change :
I think it’s part of the new model of devices where a significant part of their functionality is in how they transparently use the Internet. The value of these devices (smart phones, netbooks that use cloud-based productivity services, etc) is as much online as it is in the device. You can lose a smartphone, walk into a store and buy a replacement and have 80% of the funtionality you had before you lost it five minutes later, because 80% of what it does is just provide access to online services. However, as AT&T customers know, when the cloud goes down, so does 80% of the value of your device, which is a problem.
From the iPad perspective, I think that it’s not very different from smartphones in its relationship to the wireless Internet Because it’s a higher resolution device, it will have to download even higher resolution assets (books, images, etc.), which will further strain the cloud it’s part of. Whether the network cloud providers can adjust, I don’t know. If they can’t, then lots of new devices will be in trouble, including the iPad. In general, I think it’s difficult to look at these devices without looking at the service they represent. It’s like talking about the details of someone’s uniform without discussing what the uniform means. The iPhone didn’t really take off until the App Store, a key service that provided a platform for other services, came out. The iPhone was sexy-looking hardware, but there’s lots of pretty hardware. It was the service that made it valuable and successful. I think that it’s going to be a casual use device, for the most part. I don’t think that many people who primarily use laptops or desktops for work will abandon their primary computers and only use an iPad. That’s fine, actually, since it means that the iPad can be a tool IN ADDITION TO the general purpose computational devices we still depend on. I think it’s interesting that people are simultaneously buying giant, high resolution TVs and watching TV shows on their phones. Phones are a single-person medium, big TVs are for big groups of people to share an experience, and I think that the iPad represents an intimate point. It’s a device for two people to watch a video or play games together. That provides an interesting new intermediate space, but will it profoundly change how people consume media? I don’t think so, but who knows. I don’t think it’s going to make a big impact on social life. Phones and social networks are creating much bigger social changes than a single device can.
directeur artistique
Que pensez-vous de l’iPad ?
un peu tôt pour en parler, sachant que je n’ai vu cette chose qu’en photo. Je ne pense pas que l’iPad sera un device mobile, ou alors dans l’espace restreint de sa maison (je ne me vois pas du tout lire sur mon iPad dans le métro)
Ce que ça va changer :
Toujours pas de Flash sur cet iPad ou iPhone, on ne peut donc pas dire que ce "devise" soit totalement parfait pour surfer sur internet. Par contre, je pense que de nombreuses applications spécifiques (développées en Flash ou autre) vont se développer, tout comme sur l’iphone ou nous avons des applications pour le site de Libération, du Monde, du New York Times… on ne va presque plus passer par le navigateur web (Safari) mais plutôt par des applications spécifiques reliées à internet (lecteur de flux RSS, twitter, réseaux sociaux, lecteur vidéos, streaming audio à la Spotify, jeu à la demande comme le propose Onlive…). L’Ipad, tout comme l’iPhone et les iPods ont des devices conçus pour lire du contenu, pas pour en créer. Essayer de taper un long texte sur un écran tactile, essayer de jouer à l’excellent Space invaders plus de 10 minutes votre doigt est en feu à cause du frottement. Apple s’est lancé depuis l’iPod dans ce que l’on pourrait appeler le casual Computing (un peu comme Nintendo avec son casual Gaming). Tout comme les ereaders et autres Kindle, l’iPad est « juste » une machine à afficher, à lire, à consommer et non pas à produire. On pourrait opposer cette conception au Courrier de Microsoft ou aux OLPC XO 2 ou 3 (One Laptop per Child) si jamais ces machines voient le jour. A mon avis l’iPad va trainer devant la télé (des gens riches;-), il va servir à du couch web surfing extrem, totalement affalé dans son canapé nous allons zapper de site en site, de vidéo en vidéo… Il va aussi pouvoir devenir une télé collée sur un mur…
Quel serais d’après vous, l’objet, le service qui créerait une révolution dans notre société actuelle ?
• le téléphone Nintendo, mélange parfait de casual Computing, de Gameplay parfait et de téléphonie.
• Une version de l’iPad étanche pour lire dans sa baignoire.
• Un livre en papier ayant la faculté d’écrié lui même ses pages. Un parfait mélange entre un petit carnet que l’on peut tenir dans sa poche et les possibilités d’un smart Phone, bref le retour du tactile et des matériaux sensibles (la plaisir de tourner une page, la fragilité et la douceur du papier…) avec des possibilités interactives.
//Retrouvez l’article d’Etienne ou il décrit sa semaine avec un iPad : http://www.my-os.net/blog/index.php?2010/04/14/1473-une-semaine-avec-un-ipad
chercheur et designer interactif
Que pensez-vous de l’iPad ?
Ce qui me semble intéressant c’est qu’il ne s’agit pas d’un ordinateur qui aurait rétrécit sous la forme d’une tablette. Il faut plutôt le considérer comme un "gros téléphone": à la fois en termes de taille ou du modèle d’applications et non de programmes.
La différence est importante par rapport à la quantité de Tablet PC que l’on a pu voir fleurir depuis une quinzaine d’année. Des problèmes techniques semblent résolus et l’interface semble palier aux problèmes des tablets antérieures. En effet, en répliquant l’OS du PC, les anciens modèles pêchaient souvent par des temps de boot trop longs, un poids trop important et une complexité au niveau du GUI. Un autre problème qui me semble résolu par l’iPad c’est aussi la manière de faire d’Apple qui ne s’embarrasse pas de tout un ensemble des compromis inévitables des PC voulant être adaptés à toute situation et toute fonction. L’iPad résulte visiblement de choix forts, il n’essaye pas de tout faire.
Enfin, c’est plus qu’un hardware, c’est un véritable "assemblage socio-technique": un écosystème de services avec iTunes ou iBooks, et surtout un ancrage dans des usages (interface tactile). Ces deux éléments vont favoriser évidemment la diffusion de l’objet.
Par contre, comme pour nombre d’objets, on peut regretter diverses lacunes (pas de caméra) ou des limites problématiques (est-ce que les livres seront disponibles en Europe? y aura-t-il des DRM?). Par ailleurs, je ne suis as non plus persuadé de l’intérêt de l’iPad en situation de mobilité, cela reste à voir. C’est peut être plus un dispositif qui restera à la maison avec le canapé du salon, le lit voire la table de cuisine comme lieu d’usage.
Ce que ça va changer :
C’est une question complexe car, comme toute question prospective, les changements ne sont pas provoqués uniquement par le seul dispositif. On peut néanmoins esquisser les pistes suivantes:
- Au niveau des personnes qui vont l’utiliser, son apparence de gros cadre photo interactif en fait un dispositif pertinent pour beaucoup d’usagers rebutés par les ordinateurs portables.
- L’aspect "cloud computing" et la gestion des applications est également un changement intéressant. A voir ensuite comment il se concrétise.
- Du point de vue de la lecture et de l’édition, je ne suis pas persuadé que les livres ou les journaux soient la killer app de l’iPad. Par contre, il me semble que les magazines sont un domaine pertinent: diversité des types de contenus (textuels, graphiques, audio, vidéo et certaines formes de combinaisons de tout cela), interactivité à la fois avec l’objet (tactile) et les contenus (quizzs, tests, jeux casuals). J’espère que des éditeurs prendront le parti de faire des tentatives curieuses et originales car au fond c’est une nouvelle sorte de contenu qui pourrait apparaître.
- De même pour tout ce qui concerne des contenus plus "sérieux" et lié à l’éducation, il y a un potentiel intéressant.
- Même si son format est séduisant pour la consultation de cartes, je reste perplexe sur le développement des usages en extérieur pour se repérer dans l’espace ou observer des lieux avec des services de réalité augmentée. Par contre, sa présence dans la voiture comme outil de navigation différent du GPS pourrait être intéressante. Il ne s’agit pas forcément de prendre la même place que les navigateurs GPS. Mais il pourrait s’agir d’un nouvel outil de guidage avec des applications adaptées à un écran plus grand.
- Etant donné mon intérêt pour le design d’interaction, je me dis que l’iPad (tout comme l’iPhone) va aussi avoir des incidences sur la manière de concevoir. Par exemple, l’interface tactile va faire évoluer certains éléments. La précision des doigts étant différente de celle de la souris, les liens traditionnels vont devoir être plus gros ou être lié à des icônes.
designer interactif et auteur
What do you think about the iPad ?
The iPad is an interesting experiment. It’s not powerful enough to replace laptops for many people, so it’s main purpose seems to be as a media player and reader. And it will likely do those things very, very well. It will be great for many lightweight tasks for which laptops are too bulky currently. It’s not hard to imagine using it to surf the web, watch movies, and to read magazines and RSS feeds. But it does exist in that grey zone between a mobile phone and a laptop.
What would you think of the object, the service would create a revolution in our society today ?
I see it as mostly a device for leisure, not productivity, although I do like how some of the iWork applications have been ported over to the device. This is not to say work can’t or won’t be done on it, and I imagine over time, as the device evolves and becomes more powerful, it could be a replacement device for laptops.
artiste numérique
Que pensez-vous de l’iPad ?
N’ayant pas touché l’appareil, il est difficile de saisir son importance, justement parce que la donnée essentielle est bel et bien celle là, le toucher, ou devrait-on dire, la main. Mais en se référant à la pensée de Leroi-Gourhan et toute l’importance qu’y prend la main dans le façonnage du monde, on peut se dire sans trop de doutes qu’il s’agit d’un grand tournant dans la micro-histoire des interfaces graphiques.
Ce que ça va changer :
Dans un premier temps, il faut attendre un peu avant de vivre cette rupture. L’iPhone était chouette mais c’était l’AppStore qui a dessiné les véritables contours de l’appareil. Il faut donner aux développeurs un peu de temps pour comprendre. D’ailleurs certains appareils révolutionnaires, comme le Wiimote par exemple, n’ont jamais été compris par les développeurs indépendants et du coup restent toujours en deçà de leur potentiel. Mais comme le kit de developpement de l’iPhone et de l’iPad sont les mêmes, on peut néanmoins imaginer que les différentes tentatives évolueront assez vite.
La première rupture se trouve évidemment dans le multi-touch lui-même. Avec la souris, on « sélectionne » à travers de « clics » furtifs. C’est très distancié comme relation. Alors que le multi-touch s’approche plus du toucher, mais avec la une donnée essentielle en moins : il nous manque toujours le retour physique de l’objet saisi. Mais à part celui-ci, le geste du multi-touch évoque des interactions plus impliquées que le clic de souris : « glisser », « pousser », « secouer », « incliner », et même « taper», sont quand-même des gestes plus engagés. Et quand son prolongement audiovisuel est efficace, ces gestes s’amplifient d’une manière très séduisante.
La deuxième rupture c’est la transformation de l’ordinateur avec ces « fonctionnalités » en un appareil orientée « usages » et « usagers ». Il n’y a pas que l’interface qui change : c’est le sens et le rôle d’une application qui s’est tranformé, ressemblant de plus en plus à des services ou des fonctionnalités intimement liées au quotidien des gens.
Du point de vue de l’Internet l’iPad est bien, du point de vue du World Wide Web ça l’est beaucoup moins. Ceci est une mauvaise nouvelle, puisque Internet a vraiment eu son envol avec le monde anarchique des navigateurs, alors que l’iPad tendera à privilégier des « services » qui s’appuieront sur le réseau, mais qui ne seront pas vraiment ouvertes au réseau lui-même. Dans l’actuel iPhone, la plupart des services innovantes tournent depuis de kit de developpement d’Apple. Le reste du monde en est exclu. Si cette tendance perdure (et je ne vois pas pourquoi elle ne perdurerait pas) le réseau redeviendra un support de transmission, plutôt qu’une destination en soi. C’est peut-être bien, car on sortira de nouveau de nos cavernes. Le modèle a l’air plutôt le café bobo à la Starbucks où on s’incline dans un fauteuil confortable, à la place de ces « cybercafés » où tout le monde se tourne le dos, accroupi devant son écran. Le risque, serait que cela nous amène dans un monde mercantile et cloisonné de type Compuserve que le World Wide Web a justement cherché a remplacer. Et le latté chez Starbucks coûte quand-même assez cher, même s’il a bon goût.
Petite lueur d’espoir : Apple semble déterminé à virer Flash de nos appareils, au profit d’un format web-media enfin ouvert, le HTML5. Mais du même geste, Apple risque de se positionner comme le remplaçant de Flash, et nous refermer encore dans un piège commercial qui limitera nous les usagers. N’oublions pas que le véritable intérêt de ses machines réside toujours dans sa couche algorithmique, et sur ce point les programmes conçus pour iPad ne tourneront que sur des iPad. On est toujours très très loin de la standardisation de type « 24 images par seconde » qui a permis au cinéma de de concentrer sur son écriture et laissez tomber le problème du format.
L’appareil s’annonce comme un outil de travail très pratique, mais en tant qu’objet annexe au travail, et non pas en tant que lieu même du travail. C’est une avancée. Vu la configuration du corps humain, on ne peut que se réjouir d’être libéré de ces horribles « stations » de travail. Maintenant il faut voir quelles seront ces activités qui pousseront autour. Je me vois mal marcher dans la rue avec cette machine, ce qui signifie une certaine distinction naissante entre les appareils mobiles deplaçables, capables de se reconfigurer selon les contextes, et les appareils hypermobiles dont leur fonction même est d’être en mouvement.
J’ai vu une vidéo la semaine dernière qui m’a beaucoup fait rire, mais qui m’a horrifié tout autant. Il s’agissait d’un résponsable édition numérique chez Penguin qui présentait leurs prototypes pour cet appareil doit sauver à lui seul l’industrie de l’édition. Dans la vidéo on voit une série de propositions très gadget, qui n’apportent absolument rien aux contenus qu’elles doivent augmenter, le tout enrobé dans une esthétique tiré tout droit de la pire période du CD-Rom dits « culturels ». On est encore dans les medias monodirectionnels, avec quelques clics et secousses en plus. Personne ne parle de littérature là dedans, et encore moins d’une écriture qui serait propre à cette belle surface. L’espoir c’est de garder la même culture éditoriale, avec un simple transfert des supports. Évidemment cette posture ne peut pas tenir, mais avec la mise en service des protections industrielles de type HADOPI, ces éditeurs traditionnels peuvent bien se cacher la face fort longtemps et ralentir l’arrivée d’écritures nouvelles. L’iPad pourrait de ce point de vue être une jolie manière de retourner bien en arrière dans le mode de distribution de la culture, tout en ressemblant au monde de demain.
Espérons au moins que les développeurs indépendants saisiront l’objet comme ils ont fait avec l’iPhone. L’explosion récents des comptes développeur iPhone/iPad/iPodTouch donne plutôt de l’espoir sur ce front. Car c’est uniquement de ces bords là que des jeux pertinents vont sortir, y compris des choses qui se trouveront à mi-chemin entre jeu et d’autres formes comme l’urbanisme, le social, la productivité ou la création.
Du point de vue des usages et des usagers, on connait déjà son lieu d’operation : selon les rumeurs, Steve Jobs aurait posé comme question de départ à ses ingénieurs « À quoi bon une tablette numérique, à part surfer le web aux chiottes ? » Vu la mise en scène dans la présentation de Jobs en janvier, le trône a légèrement été modifié en un fauteuil moderniste, mais le contexte reste profondément domestique. Cette hypersurface est donc, pour l’instant, lié aux conforts du chez soi. Ce qui signale très clairement qu’il s’agit d’une machine de consommation et non pas d’une machine de développement. Signe inquiétant: il n’y a pas de compilateur dans la machine ; autrement dit, on ne pourra pas créer ses propres programmes directement dedans. Ce détail enlève le joli bordel qui nous a apporté tant de soucis mais également tant d’innovations dans les usages. Il amène Apple directement dans le sphère des objets de « mass consumption ». Ce n’est pas pour rien qu’Apple Computer s’appelle désormais Apple Inc. L’iPad le rapproche d’ailleurs plutôt aux produits de Nintendo et de Sony, et l’éloigne encore plus de leur produit historique, le Macintosh.
Pour ma part, je raconte la même histoire depuis maintenant une décenie et rien n’a changé selon moi : le monde algorithmique continue son procédure de physicalisation, et on vit le retour des objets et de l’espace du corps qui sont désormais les remplaçants de l’interface graphique (GUI) d’autrefois. Dans cette mutation, la robotique joue un rôle central car elle permet non seulement la saisie du monde physique, mais également la modification de celui-ci. L’algorithme machinique moderne a besoin d’espace pour se déployer, et finira à terme par faire ses calculs dans l’espace même où il doit communiquer.
L’avenir appartient à la physicalisation des formes et procédures algorithmiques. Au delà du Physical Computing, ou plutôt dans un prolongement de celui-ci, c’est l’algorithme même qui se déploiera à travers les objets et l’espace. Cette mutation épochale a déjà eu lieu. Pour citer Gibson on peut dire qu’elle n’a juste pas encore été distribué équitablement.

Publié le mai 12, 2010
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